Avez-vous hésité avant de repartir dans une deuxième saison ? Avez-vous imposé des idées ?
C'est logique de continuer car il y a un boulot marrant et intéressant à produire, donc on y va les yeux fermés. Dès le tournage de la première saison, nous discutions avec Frédéric Anton, Yves Camdeborde et la production pour débriefer et suggérer des choses ici ou là que ce soit dans une thématique donnée, un chef invité, une épreuve. On apporte constamment notre grain de sel. C'est un "cook in progress". Nous ne sommes pas les concepteurs de l'émission mais nous sommes sollicités pour discuter des contenus. Cette année, il y a une montée en puissance sur le fond que nous avons travaillé tous ensemble. On règle les curseurs, il y aura certainement beaucoup d'autres évolutions, ainsi ce sera plus systématique d'inviter beaucoup de chefs ; en plus, pour les candidats, ce sont de vraies rencontres. Les épreuves de pâtisserie, plus techniques, seront plus nombreuses. Les séquences de "master class" avec Fred et Yves seront plus longues et développées. Il y aura aussi une pastille avec moi, une espèce de reportage gastro à mi-chemin, entre la chronique et la conso : où trouver les meilleures baguettes, comment on fait son marché, comment distingue-t-on un bon d'un mauvais kebab.
Les épreuves en extérieur vont-elles se multiplier ?
Le principe reste le même, on a toujours des destinations inattendues et avec des conditions de cuisine différentes d'un endroit à un autre. On met les candidats dans ce bain-là pour les dépayser et leur faire découvrir une gamme de produits différents dans des lieux qui sont assez géniaux et dans lesquels ils vont avoir à cuisiner un certain nombre de spécialités, pour une clientèle bien particulière et on leur demande de bien réfléchir, de s'adapter. La restauration, ce n'est pas uniquement un établissement de 25 couverts tenus par un chef, mais de multiples métiers. Et donc, faire ce genre d'épreuves permet d'imposer aux candidats des conditions de travail différentes. L'objectif pour les candidats est d'arriver à produire et à rester concentré dans des endroits extraordinaires pour savoir ce que l'on va tirer d'un produit, d'une culture gastronomique... Une des plus belles destinations, ce sera New York. C'est juste énorme, pour eux, pour nous, d'aller cuisiner à Manhattan, de faire son marché, de rencontrer des chefs.
On vous a souvent reproché d'être méchant... qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
Le but du jeu, ce n'est pas d'être méchant, nous sommes plutôt dans une logique de transmission et d'apprentissage. La spontanéité est toujours là et indispensable car les candidats sont en mini-formation accélérée et il leur faut impérativement apprendre de leurs erreurs, comprendre l'univers dans lequel ils veulent se lancer. Ils ont trois mois pour tout connaître. Ma réaction, mais aussi celle de Fred ou d'Yves, car on est tous les trois aussi direct et cash, il faut arriver à la considérer tout simplement comme la réaction d'un professionnel mais surtout d'un client lambda. Dans un établissement, la réaction de la clientèle peut être très abrupte, et fidéliser une clientèle c'est très difficile donc autant prendre un coup de semonce dans l'émission. C'est une façon d'aller vite en besogne, faire comprendre le plus vite possible et avec le plus de justesse : pourquoi un plat fonctionne ou pas, pourquoi il est bien exécuté ou pas, abouti ou pas, bien conçu ou pas, car demain si les candidats se retrouvent aux premières loges il va falloir deux fois par jour fidéliser une clientèle et une clientèle qui n'est pas satisfaite ne revient pas. Au cours d'épreuves libres et non éliminatoires, si on dit une chose dure, c'est pour leur avenir, dans un contexte professionnel, le client ne donne pas nécessairement une deuxième chance.
Votre expérience avec MasterChef vous a-t-elle donné envie de faire d'autres émissions télévisuelles ? De partager encore plus votre passion ?
Oui, certainement, j'ai l'impression de le faire déjà un petit peu. Il y a des tas de produits télévisuels à imaginer. Je m'attellerais à cela un peu plus tard dans l'année, je réfléchis à des choses car il y a de la place pour des programmes intelligents et sensibles. C'est un univers très riche que l'on peut aborder sous l'angle patrimonial, historique, environnemental, sociétal, d'autant plus qu'il y a un besoin d'infos, de culture et de réappropriation de la gastronomie. Mais quoi qu'il en soit, je continue la radio, toujours dans la même crèmerie, sur RTL avec mes copines de la "Maison et du Jardin", on fait toujours la MJC (Maison, jardin, cuisine) dans les matinales du week-end.
Quelle est la dernière table que vous conseilleriez ?
Dans les coups de coeur récents, à Paris dans le 11e, une table qui s'appelle Septime. C'est déjà drôle car c'est le nom du personnage de Louis de Funès dans Le Grand Restaurant et je trouve ça marrant de se revendiquer de lui pour ouvrir son restaurant, mais surtout c'est un super bistrot de chef avec une carte ambitieuse et un excellent cuisinier qui s'appelle Bertrand Grébaut, un garçon qui a beaucoup de talent et de sensibilité. C'est un lieu ouvert, abordable, de gastronomie de très bon niveau à un juste prix. C'est vraiment une réussite exemplaire à Paris ces derniers mois.
Propos recueillis par Emmanuelle Dreyfus (Plurimedia) pour le compte d'Orange.