Comment êtes-vous arrivé sur ce film et comment avez-vous préparé ce rôle historique ?
Je suis parti à Berlin pour faire des essais de costumes et de maquillage. J'ai travaillé pendant une journée avec Jo Baier (NDLR : le réalisateur). J'ai dit à mon agent que je ne pensais pas être pris. Pour préparer le rôle d'Henri IV, j'ai d'abord beaucoup lu, mais j'ai rapidement arrêté car il était impossible de jouer tout ce qui s'était passé. Je me suis donc beaucoup appuyé sur le scénario, que j'ai trouvé efficace et bien construit. Chaque jour, mon travail a été d'essayer de défendre au plus juste les situations écrites et ce que le réalisateur avait envie de raconter, avec sa vision assez personnelle de cette partie de l'histoire de France.
Vous avez notamment joué avec des acteurs allemands. La barrière de la langue n'a-t-elle pas été difficile à surmonter lors du tournage ?
C'est toujours un peu compliqué. Si vous ne parlez pas allemand, vous ne comprenez pas un mot. Donc forcément, il y a eu des moments de solitude sur le plateau, car d'ordinaire, j'aime bien communiquer avec les gens, comprendre ce qui se passe en écoutant les techniciens parler entre eux, etc. Mais finalement, j'ai eu une chance incroyable, car lorsque l'on me disait "action", je me retrouvais face à des acteurs que je ne connaissais pas mais qui sont de grosses pointures en Allemagne, des gens très connus et très respectés. Et quand on se retrouve face à des interprètes de ce niveau-là , au-delà des mots, il se passe quelque chose dans le regard, dans l'énergie, dans la manière dont on se ressent, dont on se renifle presque. Au final, nous n'avions donc pas forcément besoin de nous comprendre mot à mot pour jouer ensemble. Cela a été une expérience très enrichissante pour moi. Et puis, on avait aussi beaucoup de moyens pour faire le film. Tout était là dès le premier jour de tournage : le parti pris de la mise en scène, les efforts sur la lumière, les costumes, etc. Heureusement, car il n'y a rien de pire, lorsque l'on fait ce genre de film, de voir de mauvais décors ou de mauvais costumes. Quand je regarde des films historiques, dès la première image, j'y crois ou je n'y crois pas.
Avez-vous ressenti une certaine pression à tourner avec autant de monde, notamment avec Jo Baier, le réalisateur ?
Quand on travaille en Allemagne, on se rend compte dès le pick-up le matin que ce n'est pas pareil. Si vous arrivez à 6 h 02 en bas, vous avez déjà trois messages sur votre portable. Le mot "équipe" prend tout son sens. Les Allemands travaillent ensemble, dans le même sens, sans bataille d'ego, juste dans l'humilité. Et on finit quand on doit finir. Jo est un vrai chef d'orchestre. Ceci dit, ce n'est pas forcément bien de ne pas pouvoir dire à certains moments "c'est trop, c'est trop long". Cependant, cela nous a permis de faire le film dans les temps. Je me souviens qu'une costumière avait oublié mes chaussures sur le plateau ; le lendemain, elle était virée. Et c'était normal. Ce n'est pas la même culture. Cela nous paraît un peu dur mais finalement, cela permet de faire fonctionner 150 personnes ensemble avec fluidité et rigueur, ce qui était nécessaire pour ce film. Jo est quelqu'un d'exigeant. Par exemple, il ne me dit jamais "c'est bien", parce que là -bas, il est "normal" de bien faire les choses...
Pouviez-vous proposer vos propres idées sur le film ?
Pour moi, c'est le résultat qui compte. Je suis très reconnaissant de ce film, mais cela n'a pas été une vraie partie de plaisir. Une confiance devait se créer. Je n'avais pas toujours le même point de vue que Jo sur certains plans, mais on a réussi à se comprendre. Dans tous les cas, il m'a apporté quelque chose, et la réciproque est vraie. On a parfois trouvé des moments d'ententes mais il y a aussi eu des moments où, comme un acteur se doit de le faire, j'ai tout simplement dit "oui" à tout ce qu'il voulait, parce qu'en Allemagne, les acteurs sont des exécutants. Je trouve cela très bien.
Que représente finalement Henri IV à vos yeux, à présent que vous l'avez interprété dans cette minisérie ?
Cela reste un grand mystère pour moi. J'ai réalisé tout ce qui s'était passé autour de lui en voyant le film pour la première fois. Je crois que ce n'est pas plus mal, car si j'avais dû prendre conscience de tout ce que j'avais à faire en commençant le tournage, je n'y serais pas arrivé. J'ai essayé d'être le plus honnête et le plus vrai possible dans les situations car les gens essaient de s'identifier à cette époque et à cet homme. Après, pour moi, cela reste une fiction et un personnage de "roman", car je trouve cette période extrêmement cinématographique et folle. Cela reste encore un peu virtuel pour moi. Henri IV était un humaniste. En faisant des recherches, je me suis rendu compte qu'il y avait encore plein d'hommes politiques qui se réclamaient de lui. C'est l'un des premiers à avoir essayé de réconcilier les peuples au-delà des guerres de religion, il était en avance sur son époque. Aujourd'hui encore, il reste une référence.
Propos recueillis par Émeline Marceau (Plurimedia) pour le compte d'Orange.