Qu'est-ce qui vous a motivée à prendre les commandes de l'émission Avant-Premières ?
C'est le magazine dont je rêvais depuis que je suis tombée dans le journalisme culturel. Ce qui m'intéressait, c'était l'idée d'une émission pluriculturelle, qui puisse parler aussi bien de musique que de cinéma, d'opéra que de théâtre ou de gastronomie. Le tout dans un esprit sans frontières, avec un mixte d'invités populaires et d'autres plus pointus. Sur France 2 et France 3 j'ai trouvé que dernièrement les émissions culturelles avaient tendance à glisser vers le débat politique. L'idée d'Avant-Premières était de recentrer la discussion sur les artistes et l'actualité culturelle. J'avais envie de désacraliser la culture.
Initialement programmée le mercredi soir, l'émission est désormais diffusée le jeudi en troisième partie de soirée. Comment avez-vous vécu ce changement ?
Je l'avais demandé depuis le début. Au bout des deux ou trois premières émissions, j'avais compris que la case horaire du mercredi soir était casse-gueule. S'imposer face au Mentalist, c'était mission impossible. Je trouve formidable de la part de France 2 d'avoir voulu innover, parce que c'est vraiment une manière d'afficher la culture en l'exposant plus tôt, mais tant qu'il y aura des enjeux d'audience, ça ne sera pas simple. L'expérience a démontré qu'il valait mieux retrouver la case horaire traditionnelle des magazines culturels, qui est plutôt autour de 23h depuis plus de quinze ans.
Comment prépare-t-on une émission comme Avant-Premières ?
C'est un travail monstrueux ! Les réunions éditoriales sont très longues parce qu'on essaie de construire l'émission en créant un équilibre entre les invités. Il faut donc chercher les liens qui peuvent exister entre eux, leurs passions communes. Ça demande beaucoup de temps. Mais c'est ce qui fait aussi la singularité de l'émission et ce qui nous permet de proposer quelque chose de différent. On réfléchit aussi beaucoup aux angles des reportages. On a notamment une séquence dont je suis très fière : "Coulisses & Tractations", qui relève de l'enquête culturelle, parfois polémique. Sandra Rude, qui est aux commandes de cette rubrique, a beaucoup de talent.
Vous êtes née à Washington et avez grandi au Cameroun, avant de faire vos études en France. Cette diversité a-t-elle été une force supplémentaire pour votre carrière ?
J'ai toujours vécu ce parcours comme une chance. Ça a naturellement aiguisé ma curiosité. Je ne serais pas journaliste aujourd'hui si je n'avais pas eu ce parcours-là . Néanmoins, le goût pour la culture peut se construire différemment. On peut le trouver aussi bien dans les livres qu'à travers les voyages. J'ai toujours été une grande lectrice. Enfant, j'étais assez solitaire, donc j'ai aussi découvert le monde grâce aux livres. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si je suis écrivain aujourd'hui. On peut aiguiser son sens culturel au musée du coin ou à la bibliothèque. Je lutte toujours contre toute approche élitiste de la culture.
Quel regard portez-vous sur votre carrière jusqu'à maintenant ?
Une carrière se construit dans la durée. Il ne faut pas être impatient. Je me revois quelques années en arrière trépignant de ne pas avoir telle ou telle émission et maintenant que j'ai l'émission dont je rêvais, je me dis qu'il y a une logique. Dans un sens, heureusement que c'est arrivé maintenant parce que c'est quand même une grosse exposition qu'il faut savoir gérer. Plus jeune, je n'aurais sans doute pas eu les épaules assez solides. Tout vient à point pour qui sait attendre. Bien sûr, il ne faut pas attendre les bras croisés non plus. Dans ma tête je suis toujours un peu débutante, dans la logique ou dans le besoin d'apprendre. Il ne faut jamais oublier qu'on est sur un siège éjectable et qu'il faut toujours vérifier qu'on a un bon parachute.
Propos recueillis par Hélène Pouzet (Plurimedia) pour le compte d'Orange.